A TRIBUTE TO YVES LACOSTE (1929–2026)
Amaël Cattaruzza
Paris 8 University, French Institute of Geopolitics (IFG)
Past-President of the French National Committee of Geography (CNFG)
The IGU regrets to announce the passing of a Swiss geographer whose great influence on the discipline has been widely recognized. Below is a letter of announcement compiled by Amaël Cattaruzza, Paris 8 University, French Institute of Geopolitics (IFG) and Past-President of the French National Committee of Geography (CNFG).
Yves Lacoste passed away on 20 June 2026. This is a source of great sadness and a considerable loss for the field of geography. As the figure who revitalised geopolitics in France in the 1970s, and as the founder and editor of the journal Hérodote, he left a profound mark on French and international geography.
He was primarily a man of debate and an intellectual provocateur. In the 1960s, he set new standards with his work on underdevelopment, having begun his career as a teacher at the Lycée Bugeaud in Algeria between 1952 and 1955. There, he came into contact with anti-colonialist and independence movements. In 1965, his book The Geography of Underdevelopment revealed that underdevelopment is not just a matter of late growth, but rather arises from the unequal power dynamics in the organization of global, regional and local spaces. These dynamics often stem from the legacy of colonialism. This text can be considered a forerunner to his later critical and activist approach to the field.
In 1976, his pamphlet La Géographie, ça sert d’abord à faire la guerre (Geography serves, first and foremost, to wage war) criticized geography teaching for its descriptive and bland nature.[1] The subject, however, constitutes strategic knowledge for many actors in their rivalries and quest for power. Military applications provide a perfect example of this, as the mastery of space at various scales plays a considerable role in battles and wars. The epistemological shift introduced by the question “What is the purpose of geography?” rather than “What is geography?” refocuses on its applications and actions. He continued the legacy of his predecessors, Jean Dresch and Pierre George, by advocating for geography as a strategic instrument and a means of revealing power dynamics. His steadfast commitment to this perspective is undoubtedly one of his most significant achievements.
Even before his methodological contribution, the strength of his work lay in reintroducing, within the geographical community, an epistemological debate on the discipline’s key issues. The radical decision he took in the early 1980s, alongside the Hérodote team, to reintroduce the term “geopolitics” into French academic circles, which had been banned after the Second World War, was strongly contested. Sometimes it provoked fierce rejection from within the discipline and from beyond.[2]
Yves Lacoste’s unique perspective on geography undeniably stirred strong reactions, not only due to his unwavering methodological convictions, but also because of his bold and contentious nature. In an academic environment not known for fostering debate, this approach ultimately led to a few setbacks in his career. Specifically, his promotion to professor was temporarily put on hold in the early 1980s, a decision that was likely influenced by his willingness to engage in controversy.
This debate, which features prominently in the early issues of Hérodote, forms part of our shared heritage, whether or not one agrees with Lacoste’s methodological approaches.
Let us then revisit these approaches that have led to the resurgence of the term “geopolitics,” by altering the focus of study and the geographer’s perspective. Geopolitics, as he practices it, is foremost a geographical method aimed at uncovering spatial strategies and relations of domination. It is no longer confined to analyzing the tools of power in space, but rather seeks to expose the underlying political logics of domination across various settings and on diverse levels.
The objective is to use cartography to uncover the diverse spatial arrangements of the participants and the resulting territorial disputes. For Lacoste, space is no longer a given, but a matter of contention. It is the subject of contradictory representations that become the heart of geopolitical analysis. His approach was therefore resolutely critical and radical, rooted in the belief that geographical knowledge must be reclaimed by the people as a tool for strategic decision-making.
Moreover, beyond his methods, his passing challenges us through the message he has passed on to us – a message that makes us his heirs, each in our own way. This message is simple: geography is a tool for citizens’ emancipation, a necessary form of knowledge for identifying power dynamics, understanding rivalries and combating inequalities.
Today, in the midst of significant geopolitical and climate shifts, his message holds more relevance than ever.
[1] The French version is available, free of charge on PDf: https://fr.scribd.com/document/867801297/La-Geographie-Ca-Sert-d-Abord-a-Faire-La-Guerre-Yves-Lacoste
[2] Journal of geopolitics founded by Yves Lacoste : https://www.herodote.org/
Hommage à Yves Lacoste (1929 – 2026)
Amaël Cattaruzza
Université Paris 8, Institut Français de Géopolitique (IFG)
Ancien président du Comité national français de géographie (CNFG)
Yves Lacoste nous a quittés le 20 juin 2026. C’est une grande tristesse et une perte considérable pour la géographie. Refondateur de la géopolitique en France dans les années 1970, initiateur et directeur de la revue Hérodote, il a profondément marqué la géographie française et internationale.
Il aura été d’abord un homme de débat et un agitateur intellectuel. Dès les années 1960, ses travaux sur la géographie du sous-développement font date – lui qui commence sa carrière d’enseignant en Algérie de 1952 à 1955 au lycée Bugeaud, au contact des milieux anticolonialistes et indépendantistes. En 1965, son ouvrage Géographie du sous-développement montre que le sous-développement n’est pas le fruit d’un simple retard de croissance, mais résulte de rapports de pouvoir au sein de l’organisation de l’espace mondial, régional et local, souvent hérités de la colonisation. Ce texte est sans aucun doute précurseur de son approche critique et politique de la discipline.
En 1976, son pamphlet La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre dénonçait le caractère descriptif et fade des enseignements de géographie, alors même que celle-ci constitue un savoir stratégique pour de nombreux acteurs dans leurs rivalités et leur quête de pouvoir. Les usages militaires en sont le parfait exemple, tant la maîtrise de l’espace à différentes échelles joue un rôle considérable dans les batailles et les guerres. Le glissement épistémologique introduit par la question « À quoi sert la géographie ? », et non « Qu’est-ce que la géographie ? », réorientait la réflexion autour des usages et de l’action, dans la lignée de ses aînés, Jean Dresch et Pierre George.
Aussi, son appel à penser la géographie comme un outil stratégique et un révélateur des rapports de force, ainsi que sa détermination à maintenir ce cap, constituent sans doute l’un de ses plus grands apports.
Avant même son apport méthodologique, la force du travail accompli aura été de réintroduire au sein de la communauté des géographes un débat épistémologique sur les enjeux de la discipline. Le choix radical qu’il effectue au début des années 1980 de réintroduire, avec l’équipe d’Hérodote, l’usage du terme « géopolitique » dans le milieu universitaire français, alors que ce terme avait été proscrit après la Seconde Guerre mondiale, aura été fortement contesté, suscitant parfois un rejet très vif de la part de la discipline, et au-delà.
De fait, la géographie d’Yves Lacoste n’aura jamais laissé personne indifférent, tant par ses positionnements méthodologiques très clairs que par sa personnalité même, lui qui se prêtait au jeu de la controverse avec ardeur. Au sein d’une institution universitaire peu encline au débat, cela lui aura d’ailleurs coûté personnellement quelques années de carrière, alors même que l’accès au rang de professeur lui était temporairement bloqué au début des années 1980.
Ce débat, très présent dans les premiers numéros d’Hérodote, fait partie de notre héritage commun, que l’on soit ou non en phase avec les méthodologies lacostiennes.
Rappelons donc quelques-unes de ces méthodes qui justifient la réutilisation du terme « géopolitique », en déplaçant l’objet d’analyse et le regard du géographe. La géopolitique telle qu’il la pratique est d’abord une méthode géographique qui vise à dévoiler des stratégies spatiales et des rapports de domination. Il ne s’agit plus seulement de réfléchir aux instruments de la puissance dans l’espace, mais de révéler les logiques politiques de domination à l’œuvre dans différents contextes et à différentes échelles.
Il s’agit d’identifier, par la cartographie, les différents ensembles spatiaux des acteurs en jeu et les rivalités territoriales qui en découlent. L’espace n’est plus, chez Lacoste, un donné, mais un enjeu. Il fait l’objet de représentations contradictoires qui deviennent le cœur de l’analyse géopolitique. Son approche était donc résolument critique et radicale, fondée sur l’idée d’une nécessaire réappropriation populaire du savoir géographique en tant que savoir stratégique.
Aussi, au-delà de ses méthodes, sa disparition nous interpelle par le message qu’il nous a transmis et qui fait de nous ses héritiers, chacun à notre manière. Ce message est simple : la géographie est un outil d’émancipation pour le citoyen, un savoir nécessaire pour déceler les rapports de force, comprendre les rivalités et combattre les inégalités.
Aujourd’hui, à l’heure des grands dérèglements géopolitiques et climatiques, son message est plus que jamais d’actualité.

